Henri-Jean-Victor de Rouvroy de Saint-Simon

Henri-Jean-Victor
de Rouvroy
de Saint-Simon
Le Gal duc de Saint Simon, lithographie de Bornemann d'après André Adolphe Eugène Disdéri
Fonctions
Sénateur du Second Empire
-
Gouverneur des établissements français de l'Inde
-
Ambassadeur de France en Suède
-
Ambassadeur de France au Danemark
-
Pair de France
-
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Activités
Famille
Autres informations
Grade militaire
Distinctions
Archives conservées par

Henri-Jean-Victor de Rouvroy de Saint-Simon, né à Péreuil le , mort à Paris le , vicomte de Saint-Simon, puis grand d'Espagne, marquis de Saint-Simon et « pair de France » (membre de la Chambre des pairs), est un général et homme politique français. À partir de 1842, il se fait appeler « duc de Saint-Simon ».

Il est à l'origine, en 1829 et 1830, de la première édition complète des Mémoires de son lointain parent, Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon.

Biographie

Henri-Jean-Victor naît le au château des Doucets, à Péreuil, en Angoumois (dans l'actuel département de la Charente)[2]. Il est le fils de Louis-Charles de Rouvroy, vicomte de Saint-Simon (1744-1790), marquis de Montbléru, capitaine au régiment Royal-Picardie ; et d'Adélaïde Blanche Marie de Rouvroy de Saint-Simon Sandricourt (1759-1820)[3].

Consulat et Premier Empire

En 1800, âgé de dix-huit ans, Henri s'engage comme simple hussard dans un régiment de volontaires[4]. Il combat dans l'armée du Rhin sous le général Moreau[3]. Son régiment est licencié en 1801. Henri passe alors au 2e régiment de carabiniers, avec le grade de sous-lieutenant[4].

Il est officier attaché à l'état-major général, puis aide de camp du maréchal Ney. Le , il devient « membre de la Légion d'honneur »[5],[6]. Le , il est grièvement blessé à la bataille d'Iéna[5]. Il est fait capitaine sur le champ de bataille[3].

En 1808, promu chef d'escadron[3], il accompagne le maréchal Ney en Espagne. Il fait à ses côtés deux campagnes. En 1809, il prend du service auprès du roi Joseph[4]. Il commande un des régiments de sa garde[2], puis, en Catalogne, le 29e régiment de chasseurs. Il combat souvent à l'avant-garde[5]. Il se distingue durant cette guerre[4], et particulièrement au combat de Vic, où il est blessé alors qu'il charge les Espagnols[5].

La déchéance de l'Empereur est prononcée par le Sénat le [7]. Napoléon abdique le [8]. Un armistice est décidé par le gouvernement provisoire formé par Talleyrand. Le colonel de Saint-Simon et un officier britannique, Cooke, sont chargés d'en informer les maréchaux Soult et Suchet[5] et le maréchal britannique Wellington, qui s'apprêtent à livrer bataille à Toulouse. Mais la bataille a lieu le , Soult évacue la ville le [8] et Wellington y fait son entrée le , vers dix heures. Les deux émissaires arrivent deux heures plus tard. Ce n'est que le lendemain, , qu'ils réussissent à joindre Soult[9]. C'est la fin de la campagne de France.

Restauration

Au retour de Louis XVIII, le vicomte de Saint-Simon se rallie aux Bourbons[4]. Il sert, dans son grade de colonel, comme sous-lieutenant des gardes du corps du roi, unité de cavalerie qui vient d'être rétablie. Il obtient la croix de chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis le , et le ruban d'officier de la Légion d'honneur le [5],[6].

Cent-Jours

Pendant les Cent-Jours, il suit Louis XVIII à Gand[10]. Il y reçoit, le le brevet de maréchal de camp. Il accompagne en cette qualité le duc d'Aumont à la tête du détachement royaliste qui débarque en Normandie pour y faire reconnaître l'autorité de Louis XVIII[5].

Sous Louis XVIII

Après la Seconde Restauration, Saint-Simon est attaché à l'inspection générale de la cavalerie[5]. Puis il commande successivement les départements du Calvados, de la Manche et du Loiret[3].

Le vicomte de Saint-Simon est le neveu de Claude-Anne de Rouvroy, marquis de Saint-Simon, créé grand d'Espagne de la première classe par Charles IV en 1803[11],[12], élevé à la dignité de duc par Ferdinand VII en 1814. Claude-Anne meurt à Madrid le [13], ne laissant qu'une fille non mariée. Les notices biographiques s'accordent à dire qu'il lègue à son neveu sa grandesse d'Espagne[4],[10],[14]. Trois d'entre elles ajoutent qu'il lui lègue également son titre ducal espagnol[2],[3],[15] (non reconnu en France). Le , Henri-Jean-Victor est créé « pair de France » (membre de la Chambre des pairs), avec le titre de marquis (par suite de la mort de son oncle)[2]. Il est fait commandeur de la Légion d'honneur le [14].

Le marquis appartient à la branche de Sandricourt des Rouvroy de Saint-Simon. Il est donc un lointain cousin de Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, qui appartient à la branche de Rasse. Les papiers — parmi lesquels les Mémoires — que le duc laisse à sa mort, en 1755, vont remplir cinq caisses. Confiés à un notaire le , ces documents sont transférés et séquestrés cinq ans plus tard, par ordonnance royale, au dépôt des Affaires étrangères. Ils sont néanmoins consultés. Ils commencent à exciter la curiosité. Le ministre Choiseul en fait copier des extraits[16]. Ces extraits sont copiés à leur tour et, de 1781 à 1818, sept éditions défigurées ou tronquées des Mémoires voient le jour. Henri-Jean-Victor cherche alors à entrer en possession des écrits de son parent : en 1819, il sollicite du roi la « grâce d'un prisonnier de la Bastille ». Louis XVIII lui accorde l'octroi des manuscrits. Mais l'administration va faire traîner les choses neuf ans[17].

Le marquis de Saint-Simon représente la France durant quelques mois au Portugal[3],[2]. Le [4], il est nommé ministre plénipotentiaire à Copenhague.

Sous Charles X

Il réussit à garder son ambassade au Danemark, en dépit de « singularités » qu'évoque André Borel d'Hauterive :

« Il fallut toute l'indulgence du vieux roi Frédéric VI, pour le conserver comme représentant de la France. On chercha inutilement à diverses reprises un autre poste où l'on eût pu le faire accueillir […] Héritier de l'esprit caustique des Saint-Simon, il en rappelle toutes les bizarreries de caractère. On cite encore à Copenhague, entre autres excentricités, la tasse de café qu'il jeta par la fenêtre à la fin d'un dîner diplomatique[18]… »

Le , il est fait grand officier de l'ordre royal de la Légion d'honneur[6].

Ce n'est qu'en 1828 que le marquis réunit enfin les 11 portefeuilles contenant les 2 854 pages des Mémoires du duc de Saint-Simon[19]. Il publie l'œuvre en 1829 et 1830 chez le libraire Auguste Sautelet, en 27 volumes, sous le titre Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la Régence : publiés pour la première fois sur le manuscrit original entièrement écrit de la main de l'auteur par le M[arqu]is de Saint-Simon[20] : « Pour la première fois, dit Gonzague Truc, à part quelques négligences et quelques omissions, on avait un texte exact des Mémoires de Saint-Simon[21]. »

Monarchie de Juillet

En 1830, le marquis de Saint-Simon est maintenu dans ses fonctions par le gouvernement de Juillet[3]. Il est rappelé le . Le [2], grâce à l'estime portée par Louis-Philippe à la mémoire de son oncle[22], il est envoyé à Pondichéry comme gouverneur général des possessions françaises dans l'Inde. Rappelé en France le [2], il est promu lieutenant général cinq jours plus tard. Il siège au palais du Luxembourg, où il soutient la politique ministérielle[4].

En 1842, le généalogiste André Borel d'Hauterive s'étonne de ce qu'il soit appelé « duc » dans Le Moniteur universel, organe officiel du gouvernement. Il formule une hypothèse : « C'est sans doute comme grand d'Espagne qu'il s'est fait donner le titre de duc par Le Moniteur[22]. » Toujours est-il qu'à partir de cette période, Saint-Simon est désigné comme duc dans les documents officiels[6].

Il inspecte en 1842 et 1843 le cinquième arrondissement de cavalerie. Il commande, de 1844 à 1848, la 17e division militaire (Corse)[23]. La révolution de 1848 lui vaut sa mise à la retraite[2].

Second Empire

Après le coup d'État du 2 décembre 1851, il est nommé sénateur (). Il soutient avec zèle le gouvernement impérial[2]. Il est élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur le [6],[23].

La Cour impériale de Paris lui ayant reconnu des droits de propriété sur les Mémoires de son parent, le marquis en effectue la cession à la librairie Hachette[23]. Par un nouveau collationnement sur les manuscrits, Adolphe Chéruel établit ce qui est considéré comme l'édition princeps des Mémoires. Elle paraît chez Hachette en 1856-1858[21].

Le marquis de Saint-Simon meurt à Paris le [2].

Famille

Henri-Jean-Victor de Rouvroy de Saint-Simon épouse le [24] Anne-Marie de Lasalle (1791-1844), dont il a :

  • Eugénie-Blanche (1810-1861), marquise d'Estourmel ;
  • Alix (1815-1865), vicomtesse d'Hédouville[3] ;
  • Marie (1817-1834) ;
  • Talbot (1818-1824)[25].

Selon André Borel d'Hauterive, « un affreux accident de chasse » lui fait tuer son fils « de sa propre main »[22]. Son épouse Anne-Marie meurt en 1844. Il se remarie le avec Zénaïde Sénéchal (1813-1881), veuve Duval, dont il aurait eu bien avant :

  • Édouard, né en 1840 ;
  • Maxime (1841-1912)[25].

Distinctions

Notes et références

  1. ↑ « https://francearchives.fr/fr/file/ad46ac22be9df6a4d1dae40326de46d8a5cbd19d/FRSHD_PUB_00000355.pdf »
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 « Saint-Simon Henri-Jean-Victor Rouvray », sur senat.fr, extrait de Adolphe Robert, Edgar Bourloton, Gaston Cougny (dir.), Dictionnaire des parlementaires français, Paris, Bourloton, 1889-1891. Mis en ligne le 8 mars 2016 (consulté le 29 septembre 2016).
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Jean-Chrétien-Ferdinand Hœfer, « Saint-Simon (Henri-Jean-Victor, marquis, puis duc de) », Nouvelle Biographie générale, Copenhague, Rosenkilde et Bagger, 1969, t. XLIII, col. 128.
  4. 1 2 3 4 5 6 7 8 Gustave Vapereau, « Saint-Simon (Henri-Jean-Victor de Rouvroy, marquis de) », Dictionnaire universel des contemporains, sur books.google.fr, supplément à la première édition, Paris, Hachette, 1859, p. 1527 (consulté le 29 septembre 2016).
  5. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Jean Baptiste Pierre Jullien de Courcelles, « de Rouvroy, marquis de Saint-Simon (Henri-Jean-Victor) », Histoire généalogique et héraldique des pairs de France, sur books.google.fr, Paris, Bertrand, 1827, t. VIII, p. 221 (consulté le 29 septembre 2016).
  6. 1 2 3 4 5 6 « Cote LH/2409/51 », base Léonore, ministère français de la Culture (consulté le 27 septembre 2016).
  7. ↑ Le Moniteur universel, 4 avril 1814. Cité par Thierry Lentz, Nouvelle histoire du Premier Empire, Fayard, 2004, t. II, p. 567.
  8. 1 2 Frédéric Hulot, Les Grands Maréchaux de Napoléon, Paris, Pygmalion-Flammarion, 2013, p. 1632.
  9. ↑ « Maréchal Soult », sur claude.larronde.pagesperso-orange.fr (consulté le 29 septembre 2016). — Nicole Gotteri, Le Maréchal Soult, Paris, Giovanangeli, 2000, p. 572. — Frédéric Hulot, op. cit., p. 1633.
  10. 1 2 « Par un ancien député » [André-François-Joseph Borel, dit « André Borel d'Hauterive »], « Saint-Simon (Henri-Jean-Victor de Rouvroy, marquis de) », Les Grands Corps politiques de l'État : biographie complète des membres du Sénat, du Conseil d'État et du Corps législatif, sur books.google.fr, Paris, Dentu, 1852, p. 81 (consulté le 27 septembre 2016).
  11. ↑ Michaud junior, dans Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, Paris, Delagrave, sans date, t. XXXVII, col. 434.
  12. ↑ « Claude, Anne de Montbléru de Saint-Simon », sur assemblee-nationale.fr (consulté le 25 septembre 2016).
  13. ↑ Jean-Chrétien-Ferdinand Hœfer, op. cit., col. 127.
  14. 1 2 3 Jean Baptiste Pierre Jullien de Courcelles, op. cit., p. 222.
  15. ↑ « Victor de Rouvroy de Saint-Simon », sur roglo.eu, 2011 (consulté le ).
  16. ↑ Gonzague Truc, introduction aux Mémoires de Saint-Simon, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, Gallimard, 1953, t. I, p. xxviii.
  17. ↑ Gonzague Truc, op. cit., p. xxix.
  18. ↑ André Borel d'Hauterive, op. cit., p. 81 et 82.
  19. ↑ Photographie de deux pages du manuscrit des Mémoires de Saint-Simon, sur expositions.bnf.fr (consulté le 28 septembre 2016).
  20. ↑ Notice bibliographique des Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la Régence : publiés pour la première fois sur le manuscrit original entièrement écrit de la main de l'auteur par le Mis de Saint-Simon, éd. 1829 et 1830, sur catalogue.bnf.fr (consulté le 27 septembre 2016).
  21. 1 2 Gonzague Truc, op. cit., p. xxx.
  22. 1 2 3 André Borel d'Hauterive, op. cit., p. 82.
  23. 1 2 3 4 Gustave Vapereau, op. cit., p. 1528.
  24. ↑ Matias Bunge, « Henry-Jean-Victor de Rouvroy de Saint-Simon », sur gw.geneanet.org, (consulté le 29 septembre 2016).
  25. 1 2 « Rouvroy de Saint-Simon : seigneurs de Montbléru », sur racineshistoire.free.fr, p. 14 (consulté le 30 septembre 2016).

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

  • icône décorative Portail de l’histoire militaire
  • icône décorative Portail du Premier Empire
  • icône décorative Portail de la France au XIXe siècle
  • icône décorative Portail du Second Empire
  • icône décorative Portail de la politique française