Victor George

Victor George
Georges Victor en 2018, lors d'une journée d'étude consacrée à Joseph Calozet
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Victor George, né à Bois-et-Borsu le et mort à Marche-en-Famenne le [1], est un poète belge de langue wallonne.

Biographie

Enfance, formation et vie privée

Victor George est le fils d'Ernest George (1907-1989), un peintre en bâtiment, et de Thérèse Ligot (1911-2005). Il est l'ainé et le seul fils d'une fratrie de quatre enfants[2]. Le wallon est sa langue maternelle[1],[3].

Il fréquente successivement l'École communale de Bois-et-Borsu, l'Athénée royal de Huy et l'École normale de la Ville de Liège, dont il obtient un régendat littéraire[4].

Il épouse Marie-José George (1943-1982) le [2].

Parcours professionnel

Victor George est professeur de français, successivement à l'Athénée royal de Braine-l'Alleud, à l'École de l'État d'Athus, à l'École moyenne de l'État à Trembleur, à l'Institut Félicien Rops à Namur et à l'Athénée royal de Dinant. Il prend sa pension en 1988[4].

De 1997 à 2008, il siège au Conseil des Langues régionales endogènes de la Fédération Wallonie-Bruxelles[1],[5],[6]. À la suite des élections communales de 2006, il devient conseiller communal à Clavier[7].

Régulièrement sollicité pour ses compétences linguistiques, il collabore aux émissions wallonnes de la Radio-télévision belge de la Communauté française, enseigne au Centre de Recherche et d'Information du Wallon à l'École (CRIWE)[8] et traduit les unes du quotidien L'Avenir à l'occasion des Fêtes de Wallonie[3].

L'homme de lettres

Élu en 1979 à la Société de langue et de littérature wallonnes, il fut le secrétaire de cette institution de 1982 à 2006[1],[5]. Ses contributions ont paru dans deux périodiques de la Société : Wallonnes et Les dialectes de Wallonie. Également membre du cercle dialectal Lès Rèlîs Namurwès, il a assuré la direction de sa revue Les Cahiers wallons de 1986 à 2006[9]. En 1980, il devient membre du jury du Prix Georges Michaux de la Ville de Namur, qu'il a lui-même remporté deux ans plus tôt[10].

Proche du poète et professeur de littérature Jean Guillaume[9], Victor George a prêté sa voix à la lecture du recueil posthume de celui-ci, Pa-drî l's-uréyes, en vue de la réalisation du coffret de disques compacts Œuvres poétiques wallonnes[1],[11]. Il était également proche du romancier Auguste Laloux (wa)[12].

À la fin de l'année 2023, fait rare en littérature wallonne, ses poèmes ont fait l'objet d'une traduction en italien[13].

L'homme de théâtre

Victor George a fondé la troupe de théâtre dialectal Li qwètrin.me ake à Bois-et-Borsu[5]. En fonction des besoins de cette troupe, il a réalisé des traductions de pièces vers le wallon local[1],[14].

Il était également membre et secrétaire du jury du Grand Prix du Roi Albert 1er, le prix de théâtre dialectal le plus important en Wallonie[5].

Analyse de l'œuvre

L'œuvre de Victor George est écrite dans le respect scrupuleux du parler de Bois-et-Borsu[15]. Ses thèmes de prédilection sont la nostalgie du passé[16], le temps qui passe[17], la mort[18],[19], la foi chrétienne[20], ainsi que « la description des faits et gestes quotidiens et répétitifs du monde rural auquel [George] appartient »[18]. Guy Belleflamme (wa) note que ce monde rural est « stylisé, presque réduit aux images suscitées par la culture des blés »[21]. Selon Willy Bal, la poésie de Victor George est d'abord métaphysique[22].

Au niveau de la métrique, Victor George écrit communément en octosyllabes, heptasyllabes et alexandrins ; il affectionne par ailleurs les distiques[23]. Au niveau de la rhétorique, il affectionne les structures binaires et les oxymores[22]. Il pratique une poésie « très brève, avec un sens aigu de l’ellipse et de l’image »[24]. Jean-Luc Fauconnier estime que « toute son œuvre littéraire se caractérise par ce qu'on a parfois appelé — avec une connotation loin d'être péjorative — la « poésie du peu », une pratique très exigeante qu'il maîtrisait à la perfection »[25].

Dès 1961, l'académicien Maurice Piron relève cet « extrême dépouillement de la forme », tout en ajoutant aussitôt :

« Au-delà de la brève litanie que composent ces distiques sans éclat, c’est une manière de choc existentiel qui nous attend et nous surprend : d’humbles choses y découvrent tout à coup leur splendeur quotidienne. Cette présence qui devient vérité, cette simplicité bouleversante dans sa discrétion, ne sont-ce point là, en définitive, les talismans les plus sûrs de la poésie dialectale, lorsqu’elle ne triche pas[26] ? »

Victor George est un continuateur de la génération de poètes wallonophones composée de Willy Bal, Jean Guillaume, Marcel Hicter, Albert Maquet, Louis Remacle et Georges Smal[6]. Il est vu en particulier comme un hériter de Jean Guillaume[18]. En 1979, Jean Lechanteur suggère que le poète, alors débutant, doit encore dépasser cette influence :

« Victor Georges [sic], que les qualités de ses deux recueils (Adiu c'pagnon, 1963 et Gris pwin, 1965) — naturel du ton, sens de l'ellipse, de l'abord indirect, unité et profondeur de l'inspiration — mettraient au tout premier rang si elles n'avouaient trop nettement ce qu'elles doivent à Jean Guillaume […][27]. »

Rétrospectivement, plusieurs critiques estiment que Victor George, de par l'influence de Jean Guillaume, occupe une place analogue à celles de Georges Smal et d'Émile Gilliard dans l'histoire des lettres wallonnes[6],[18].

Réception critique

La première accolade reçue par Victor George est le Prix des Critiques wallons, qualifié à cette époque de « Renaudot des Lettres wallonnes », qu'il se voit attribuer à l'âge de 24 ans. Maurice Piron évoque, à cette occasion, la « révélation d'un nouveau poète wallon »[26].

Dix-huit ans plus tard, Victor George est le plus jeune poète sélectionné par Piron dans l'Anthologie de la littérature dialectale de Wallonie, parue en 1979[28]. La même année, Jean Lechanteur, l'un des rédacteurs de l'encyclopédie La Wallonie, le Pays et les Hommes, le cite parmi les « espoirs de la relève attendue » de la poésie wallonne[27].

Pour Guy Belleflamme (wa), qui le compare à Francis Jammes[29] et à Jules Supervielle[30], Victor George est parvenu, dans son recueil Rècinèyes (1980), à surpasser Jean Guillaume, son maitre en poésie[31].

Jean-Luc Fauconnier le considère comme « un des derniers grands poètes en langue wallonne »[32]. Bernard Louis (wa), le rédacteur responsable des Cahiers wallons, estime quant à lui qu'il est « le dernier grand poète du domaine wallon »[23].

Prix et distinctions

Œuvres

Poésie

  • Adju c’pagnon, éd. Servais, 1963
  • Gris pwin, éd. Épécé, 1965
  • In Paradisum, Namur, éd. Lès Rèlîs Namurwès, 1978, 28 p.
Ce recueil constitue un numéro spécial de la revue littéraire Les Cahiers wallons (41e année, no 6, juin 1978, paginé 81-104) ; il fait l'objet d'une republication intégrale dans M.L. Michaux-Dossogne, Dix années de poésie dialectale couronnée par le Prix Georges Michaux patronné par la Ville de Namur : 1972-1982, , 159 p., p. 99-121
Ce recueil constitue un numéro spécial de la revue littéraire Les Cahiers wallons (46e année, no 3, mars 1983, paginé 35-56)
  • Se la cenere torna brace, Bologne, éd. Bohumil, 2023, 40 p. (ISBN 978-8-895074-67-2)
Sélection de poèmes en version bilingue wallon-italien, avec trois inédits ; traduction de Jean Robaey

Essais

Préfaces

Notes et références

  1. 1 2 3 4 5 6 Louis 2025a, p. 4.
  2. 1 2 Louis 2025b, p. 1.
  3. 1 2 Sabine Lourtie, « Votre "traducteur" wallon, c'était lui… », dans L'Avenir, édition Huy-Waremme, 20 septembre 2014 (page consultée le 14 décembre 2024).
  4. 1 2 Louis 2025b, p. 2.
  5. 1 2 3 4 5 Julien Noël, « Décès de Victor George », sur le portail Objectif plumes, 2024 (page consultée le 14 décembre 2024).
  6. 1 2 3 Fauconnier 2024, p. 30.
  7. ↑ Résultats de la liste 15 « RC » pour la commune de Clavier dans « Élections 2006 », sur le site officiel des élections locales de la Wallonie.
  8. ↑ Louis 2025b, p. 3.
  9. 1 2 3 4 5 « Victor George », dans Paul Gilles (dir.), Qué bia bouquèt ! Anthologie sonore du wallon namurois, Namur, éd. Lès Rèlîs Namurwès, 2023, p. 241-242.
  10. ↑ M.L. Michaux-Dossogne 1982, p. 98.
  11. ↑ Jean Guillaume, Œuvres poétiques wallonnes, éd. Fidélité, Province belge méridionale de la Compagnie de Jésus, 2003.
  12. ↑ Louis 2025a, p. 5.
  13. ↑ Pascal Alexandre, « Clavier : les poèmes en wallon de Victor George traduits en italien  », dans L'Avenir, édition Huy-Waremme, 25 janvier 2024 (page consultée le 14 décembre 2024).
  14. ↑ Anne Jacquemin, « Le wallon et le théâtre perdent Victor George, de Bois-et-Borsu », dans L'Avenir, édition Huy-Waremme, 4 décembre 2024, p. 21.
  15. ↑ Fauconnier 2024, p. 30-31.
  16. ↑ Belleflamme 2025, p. 16-17.
  17. ↑ Belleflamme 2025, p. 23-24.
  18. 1 2 3 4 Louis 2025a, p. 6.
  19. ↑ Belleflamme 2025, p. 26-28.
  20. ↑ Belleflamme 2025, p. 30-33.
  21. ↑ Belleflamme 2025, p. 17.
  22. 1 2 Willy Bal, préface à M.L. Michaux-Dossogne 1982, p. 10.
  23. 1 2 Louis 2025a, p. 7.
  24. ↑ Baptiste Frankinet, « Panorama de la littérature en langues régionales romanes de Wallonie », sur le portail Objectif plumes (page consultée le 6 janvier 2025)
  25. ↑ Fauconnier 2024, p. 31.
  26. 1 2 3 Maurice Piron, « En wallon. Un poème de Victor George », La Vie wallonne, t. 35,‎ , p. 275.
  27. 1 2 Jean Lechanteur, « La Poésie wallonne au XXe siècle », dans Rita Lejeune & Jacques Stiennon (dir.), La Wallonie, le Pays et les Hommes, t. 3 : « De 1918 à nos jours », s.l., éd. La Renaissance du livre, 1979, p. 208 (lire en ligne).
  28. ↑ Maurice Piron, Anthologie de la littérature dialectale de Wallonie, Liège, éd. Pierre Mardaga, 1979, p. 641-643.
  29. ↑ Belleflamme 2025, p. 14-15.
  30. ↑ Belleflamme 2025, p. 30.
  31. ↑ Belleflamme 2025, p. 35.
  32. ↑ Fauconnier 2024, p. 32.
  33. ↑ Joseph Selvais, « Le centenaire du cercle dialectal Lès Rèlîs Namurwès », dans Li quauteron dès cint-z-ans : Choix de textes contemporains publiés à l'occasion du centenaire des Rèlîs Namurwès, Namur, Lès Rèlîs Namurwès, , p. 7
  34. 1 2 3 4 Louis 2025a, p. 8.

Voir aussi

Bibliographie

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • M.L. Michaux-Dossogne (préf. Willy Bal), Dix années de poésie dialectale couronnée par le Prix Georges Michaux patronné par la Ville de Namur : 1972-1982, , 159 p. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Jean-Luc Fauconnier, « Victor George nous a quittés… », èl bourdon, no 771,‎ , p. 30-32. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Bernard Louis, « Hommage à Victor George », Les Cahiers wallons, 88e année no 1,‎ 2025a, p. 2-32. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Bernard Louis, « In memoriam : Victor George (1937-2024) », Chronique de la Société de langue et de littérature wallonnes, no 1,‎ 2025b, p. 1-8. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Guy Belleflamme, « Victor George, poète wallon », Chronique de la Société de langue et de littérature wallonnes, no 1,‎ , p. 9-36. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

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